Le relais d’Efate (LNC du 02/08/2006)

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LNC du 02/08/2006 : Le relais d’Efate

Une île, 138 kilomètres, 10 coureurs par équipe… Et une atmosphère à nulle autre pareille.
Bienvenue dans l’archipel du Vanuatu, où des coureurs pieds nus gagnent, où des Calédoniens s’illustrent.

Récit. Tout de suite, on pense à Yifter ou Bikila, ces champions d’exception, kenyan, éthiopien, qui ont marqué dans le fond plus qu’une génération. Par leur allure, leur dépassement de soi, et qui n’avaient pour seules semelles que leurs plantes de pieds.
Certes, les performances ne sont ici pas les mêmes, mais il faut voir courir, se déhancher, souffrir, ces gamins de Tanna qui donnent tout et plus pour aller au bout de leur défi : faire le tour de l’île d’Efate, par équipes de dix relayeurs.
Il n’y a pas qu’eux qui participent, mais dans leur domaine, avec une stratégie digne des plus grands, ils sont seuls au monde.
Bien sûr, les forces armées de Nouvelle-Calédonie, voire l’AC Païta, ont tout tenté pour mettre à mal l’hégémonie vanuataise sur cette course de 138 kilomètres, mais rien n’y a fait. Les man Tanna, in corpore sana évidemment, sont restés invaincus, paraissant toujours aussi invincibles.Des murs à franchirEt pourtant, l’épreuve est aussi dure à surmonter qu’elle est douce à vivre. Et de cet antagonisme, les trois formations australiennes ainsi que les six équipes calédoniennes présentes au départ samedi dernier au matin en sont les principales victimes.
Ce relais d’Efate, c’est d’abord une piste cahoteuse, faite de terre, de sable, de cailloux et de coaltar décharné. C’est aussi des murs à franchir, la côte de Mele notamment, des lignes droites, véritables autoroutes à détruire le mental, entre Forari et Dry Creek. C’est surtout un relais qui se gagne à dix, pas un de moins, car le plus petit fléchissement se paie en minutes perdues.
Mais le relais d’Efate, c’est une ambiance exceptionnelle, des atours tropicaux – papayers, pandanus, mandariniers… – qui prêteraient plus volontiers à la flânerie, et des gens, quels gens, accueillant, encourageant, stimulant les corps et les esprits les plus las.Arc du triompheDes exemples ? A Tanaliu, les habitants avaient installé un long tapis en tissu brodé, comme un sentier qui mènerait vers la gloire. Mieux, une femme au sourire enchanteur ne ménageait pas ses efforts pour arroser de fleurs chaque participant. A Saupia clinic, un stringband emplissait l’air d’une atmosphère de fête. A Bethel, une arche de ballons promettait aux coureurs l’arc du triomphe. A la sortie de Bethel, des pétales multicolores jonchaient le sol, offrant aux pieds nus un peu d’accalmie.
Et à l’arrivée, musique, danses et chants traditionnels rappelaient l’inoubliable aux audacieux coureurs de fortune.À part qu’à Port-Vila, on gagne un peu d’argent mais surtout un lot de souvenirs, qui rendent ce relais d’Efate unique en son genre, au point qu’il reléguerait un Marseille-Cassis au rang de simple course sur route. Comme le disait un concurrent lors de la remise des trophées, « il y a quelque chose du Tour du Burkina Faso dans cette course de relais ».
Un petit supplément d’âme.

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