LNC du 08/09/2017 : « Je suis quelqu’un de normal… »

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La voix cassée de Marion Cotillard, un mental d’acier et une endurance folle : Angélique Plaire, 28 ans, s’attaque demain à un 100 km, près de Melbourne. Le mois dernier, elle a fini première fille à l’UT4M, dans les Alpes. Phénoménal !

Angélique Plaire (à droite), ici au premier ravitaillement sur l’UTNC (110 km) début juin à Païta. Le secret de cette fille de militaire (père) et de commercial (mère), professeur de fitness à Nouméa : « 6 ou 7 heures de sommeil », « jamais d’alcool » et « un citron pressé le matin ». Photo Archives LNC Sports/A.F

Vous allez participer à votre 4e course de plus de 80 km dans l’année. C’est beaucoup ! Pourquoi faites-vous cela ?

J’aime courir longtemps, découvrir de cette manière les paysages et la nature. Je cherche à me connaître, à me dépasser. Je ne cours pas forcément après une victoire ou un résultat, c’est avant tout par passion. Courir, j’adore ça (rire) ! Et puis je suis une fille très active…

 

Mais dans la vie, êtes-vous une personne équilibrée ?

Oui, je suis quelqu’un de très normal… J’ai des amis, un travail, une famille, je sors de temps en temps. Je ne fais pas la fête à pas d’heure, mais c’est un choix de vie. C’est pour ça que je dis que tout le monde peut le faire. A partir du moment où on se donne un objectif, on fait tout pour y arriver. Mais c’est sûr qu’il faut aimer souffrir !

 

Comment étiez-vous, enfant ?

Très turbulente ! Petite, j’ai fait de la danse, du karting, du quad. Je n’étais pas du tout course à pied : l’EPS, au collège ou au lycée, je n’avais juste pas envie !

 

D’où est venu le déclic ?

Je me suis inscrite dans une salle, j’ai couru à Pierre-Vernier, puis avec la Transcal j’ai découvert le côté trail, car avant je n’aimais pas la route…

Daniel Bonnefis, coureur expérimenté, raconte vous avoir vu pleurer lors de vos premiers trails. Vous n’avez donc pas toujours été superwoman ?

Non (rire) ! Comme la Transcal m’a plu, et que j’ai fait un podium sur un raid du Nord, je me suis mise la pression en voulant faire et gagner tous les trails en Nouvelle-Calédonie ! Donc surfatigue, surentraînement… J’ai alors discuté avec des plus agés : ils m’ont fait comprendre que sur la course à pied il y a la compétition, mais que s’il n’y a pas la notion de plaisir on se fait vite mal.

 

En août, vous avez gagné l’UT4M, dans les Alpes. Réalisez-vous ou pas encore ?

Je suis encore sur mon nuage, j’ai du mal à me dire que je l’ai gagné. Mais je suis contente d’être comme ça : je préfère ça que de me sentir invincible !

 

Vous doutez, parfois ?

C’est marrant et compliqué : c’est toujours par rapport aux autres que j’ai confiance en moi. Je ne prendrai jamais le départ en me disant que je vais gagner ! Je ne lis pas le journal, ça me met la pression (sourire).

 

Ce week-end, vous allez courir 100 km en Australie. Comment sera le parcours ?

Très plat ! Comme si on faisait un 100 km dans le Ouen-Toro.

 

Ça monte quand même un peu, donc…

Léger, alors, pour moi qui aime les vraies montées ! Si j’arrive à faire quelque chose, tant mieux, mais je ne pars pas dans cet esprit-là. Il y a trois ans, j’avais fait les 50 km (3e fille) avec Oswald (Cochereau), cela m’avait plu, mais ça se court tout le temps : peu de montées, les 22 premiers km sont sur du sable… Ça va être une course rapide. Si j’arrive à finir en douze heures, ce serait déjà pas mal !

Repères

Meilleur souvenir

« Le parcours du Grand Raid des Pyrénées (160 km), l’an passé, était très joli, mais on a souffert de la canicule : 38 degrés en montagne… Je n’étais pas rentrée en France et je n’avais pas vu mon père depuis neuf ans. Il m’a accompagée sur la course : un moment unique ! »

 

Au bout de l’effort

« Sur l’UT4M (160 km), le tracé était plus facile que celui de la Digonale des Fous, mais on a eu de l’orage, de la grêle… J’ai eu des ampoules aux pieds : les 10 derniers km ont été durs ! »

 

Programme chargé

Le 1er octobre, elle fera équipe avec Christophe Loubriat (1er homme sur l’UTNC) sur la Gigawatt (30 km). En 2018, elle devrait courir à Madagascar et à l’UTNC (Païta). Egalement à l’UTMB (Mont-Blanc) ou sur le 220 km du Grand Raid des Pyrénées. Plus tard, elle pense au marathon de Nouméa (42 km), à celui des Sables au Maroc (160 km), au Tor des géants en Italie (340 km) et rêve de l’Hardrock (160 km), dans le Colorado.

 

Délégation calédonienne

Christophe Loubriat, Georges Lasserre, Frédérique Pain, Eric Cosson, Jean-Noël Royer et Guillaume Royer seront aussi sur le 100 km australien, samedi, comme Coline Drain-Martin et Marie-claire Kabar sur le 50. Jean-Pascal Guillaume, lui, fera un 160, aussi en Australie.

 

2 victoires

Cette année, elle a fini 1re fille sur l’UTNC (Ultra trail de Nouvelle-Calédonie, 110 km) en juin à Païta, puis sur l’UT4M (Ultra tour des 4 Massifs, 169 km) en août.

 

« Structurée en course, bordélique dans la vie »

Un surnom ?

Angel ! Mes clients à la salle de fitness ajoutent « La warrior » !

Signes astrologiques ?

Cancer, ascendant cancer. Et serpent en astrologie chinoise. Mais je n’y crois pas trop…

Votre plus grande qualité ?

La persévérance.

Votre plus gros défaut ?

Je suis structurée dans mes courses, mais bordélique dans la vie (rire) !

Couleur préférée ?

Le bleu ! Même si j’en porte très peu et que je cours en noir parce que c’est passe-partout !

Un pays où vous avez envie d’aller ?

Les Etats-Unis, et encore plus le Canada.

Votre voiture actuelle ?

Une Kia, noire, presque neuve. Un ami me la prête. J’ai peu d’amis, mais j’en ai de très bons (sourire).

Celle de vos rêves ?

J’adore les grosses voitures un peu roots… Un Hummer H1, couleur armée, ce serait parfait !

Votre dernier coup de colère ?

Ce matin (mercredi) ! Je m’agace souvent en voiture, les gens roulent comme des idiots !

Votre plus gros coup de folie ?

Partir à la Diagonale des Fous, en 2015, avec pour seule expérience un 80 kilomètres !

Le plus beau cadeau reçu ?

En 2015, justement, quand j’ai voulu participer à la Diagonale : un sponsor devait me payer le voyage, mais ça ne s’est pas fait, alors des amis et des clients de Fitzone se sont cotisés !

Le dernier film qui vous a marqué ?

Beauté cachée, avec Will Smith. C’était triste.

Le dernier livre lu ?

Un appartement à Paris, de Guillaume Musso. J’adore, ça m’évade.

Vous suivez quelles séries TV en ce moment ?

Esprits criminels, pour le côté un peu torturé des gens (rire). Et The Big Bang Theory, pour le côté un peu perché des gens (rire).

Vous aimeriez passer une soirée avec…

… Anton Krupicka, un traileur des Etats-unis. Je partage un peu sa vision, la découverte de la nature, simple. Il court avec le strict minimum.

Si vous étiez un animal, vous seriez…

Un chien, parce que c’est proche de l’homme. Un jour, j’en ai trouvé un gros en courant à Dumbéa. Mais comme je n’ai pas le temps de m’en occuper et que je vis en appartement, je l’ai donné à l’ami qui me prête la voiture… J’ai eu un chat, aussi, je l’ai donné aussi, à un autre ami (rire) !

Votre prochain tatouage ?

Je ne sais pas, c’est un budget… Le premier, c’est la tortue que j’ai dans le dos. J’avais 19 ans.

Si vous n’aviez pas pratiqué le trail, vous auriez fait…

… du crossfit, en plus poussé qu’aujourd’hui.

Si vous n’aviez pas été professeur de fitness, vous auriez travaillé…

… dans l’armée ! Pour entraîner les militaires (rire) !

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