LNC du 13/10/2011 : La Gigawatt en petites foulées

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La Gigawatt en petites foulées

Ils partirent 960, ils arrivèrent 866. La Gigawatt a connu, dimanche, quelques blessés, quelques abandons et fait beaucoup d’heureux. Reportage parmi les challengers venus jouer le chrono et les sportifs du dimanche désirant suer un peu.

 

Jérémy et Thomas, les frères lapins, Yolande et Fanny, la famille rugby, les Beldjilali et leurs chiens – venus faire le 30 kilomètres – ont pris le départ de la Gigawatt, dimanche, chacun avec ses objectifs.

Photo : Marion Pignot

 

« On n’est pas du tout entraînés. On vient là pour se marrer », annoncent Thomas et Jérémy, 20 et 24 ans, trente minutes avant le départ de la Gigawatt, dimanche, au barrage de Yaté. Il est 7h32 et les deux frères sont loin de savoir s’ils vont terminer les 10 kilomètres « en grande forme ». Il faut dire que leurs oreilles de lapins risquent de les ralentir. « Vu notre rapidité on s’est dit “plutôt la jouer cool”. » Mais comme deux de leurs amis ne devraient pas tarder à « arriver déguisés en tortues », Thomas et Jérémy sont sûrs de ne pas terminer derniers. De toutes les façons, derniers, les deux lapins ne le seront pas. Il y a quand même 960 personnes à prendre le départ ce matin-là, dont 265 équipes pour le dix kilomètres. Parmi lesquelles quelques amoureux de la nature et ennemis de la torture physique. « Ah ouais, y’a en qui sont équipés. Mate leurs chaussettes, lance la numéro 1456 à sa voisine dans la navette qui mène au départ. Nous, on va y aller mollo hein ? »

Cigarettes. Vingt minutes avant de monter dans le bus, Julie, elle, a avoué vouloir fumer sa cigarette « maintenant, histoire qu’on ne me regarde pas de travers arrivée sur place ». Pourtant, les fumeurs sont nombreux. Les mamies aussi, et les enfants, les randonneurs en jean… Ces dix kilomètres se font tranquillement. « Mon binôme marche vite, mais elle a l’habitude. Moi, c’est ma première Gigawatt, annonce Françoise rencontrée deux kilomètres avant l’arrivée. Et puis c’est tellement beau. On transpire un peu mais il faudrait être fou pour râler dans un tel
paysage. » Devant, Suzanne accélère : « Je suis une habituée mais bon, j’ai pris le temps de faire des photos de jolies orchidées ! »
Ces deux amies ont pris le départ à 8 heures au pied du barrage. Vue magnifique, ciel bleu et pas de ségrégation entre les coureurs. Dix, vingt ou trente kilomètres, tout le monde prend le même départ et tant pis pour le bouchon dans les escaliers. « On vous fait partir en bas d’une côte pour étirer le groupe », explique Benjamin qui travaille pour Aventure pulsion.
Parmi ceux qui pourraient se retrouver frustrés « dans l’entonnoir », Franck Santos et Gilbert Etchegoimberry, binôme de choc. Cuisses fuselées, lunettes de soleil aérodynamiques et pas de poignées d’amour : une allure de sportifs qui se remarque. Franck Santos et son équipier font partie des favoris du “trente”. On laisse les questions « sport » à notre collègue spécialiste et on ose la question choc : « Que pensez-vous des coureurs habillés en lapin ? ». « Ce trail clôt la saison et il y a toujours une bonne ambiance. Il faut savoir s’éclater. »
Puis, c’est le top départ donné par Patrick Ventura, le maître de cérémonie. L’homme au mégaphone organise ce raid depuis dix-sept ans pour Enercal, par le biais de sa société Aventure pulsion.
A 8 heures, le troupeau s’engage sur la côte, joue des coudes, part à l’assaut du barrage pour ensuite filer le long du lac à travers paysage lunaire et descentes vertigineuses. Déjà les meilleurs s’envolent alors que d’autres ont choisi de laisser la foule largement s’éloigner avant de faire leurs premiers pas. « On a couru cinq mètres pour l’honneur quand même, déclarent Charlotte et Fabienne arrivées après 2h46 de marche. A certains endroits, ça paraissait impossible de courir, il y avait d’énormes trous. »

Pylônes. Pourtant, les traileurs du “trente” ont survolé à toute bombe les deux kilomètres de rocaille. Idem pour les descentes. Celles que les moins agiles auront préféré franchir sur les fesses. En avançant tranquillement, de peur de se fouler une cheville, on s’inquiète pour ces farouches champions. Mais une fois le 10 kilomètres plié, on est rassurés. Car en rejoignant l’arrivée des “trente” en voiture, on suit le délicat parcours et, à l’évidence, on n’a pas joué dans la même catégorie. Les organisateurs semblent avoir pris un malin plaisir à faire souffrir les concurrents qui s’échinent, sous un soleil de plomb, à gravir des murs de terre rouge… pour redescendre une fois l’obstacle franchi. De vraies montagnes russes. « C’est pas du masochisme, rassure Patrick Ventura. Depuis la première Gigawatt, c’est un souhait d’Enercal de faire passer les coureurs au plus près des pylônes. L’entreprise voulait ainsi rappeler que c’est elle qui transporte l’énergie jusqu’à Nouméa. Et les pylônes, c’est rarement en bas… »
A l’arrivée, Franck Santos est d’une fraîcheur insolente. « La course s’est bien passée ? ». « Excellente, on fait troisième en 2h34. Il y a eu une belle bagarre à l’arrivée. Le suspense jusqu’au bout. »
Plus loin, les binômes du “trente” franchissent la ligne main dans la main. Certains traînant parfois leur coéquipier mal en point. Les maillots sont trempés, les traits sont tirés. Des concurrents pestent sur leurs mauvaises conditions physiques, d’autres sont ravis d’avoir bouclé « ces trente bornes interminables ». Puis on recroise le souriant Jean-Robert, baskets à la main. « A Lifou, je cours sans chaussures et là, tennis sans chaussette c’était ampoule garantie. Elles se sont allumées pour me dire qu’il fallait que j’arrête ! ». Jean-Robert a bouclé les cinq derniers kilomètres du “dix” pieds nus… sans oublier d’aider ces dames à franchir les passages difficiles.

Bénévoles et petits bobos

Quelque 960 personnes ont pris le départ de la Gigawatt dimanche : 265 équipes pour le dix kilomètres, 135 pour le « vingt » et 80 pour le « trente ». En comptant les absents au départ, les abandons et les coureurs non classés parce que leur équipier est arrivé plus de cinq minutes après eux, 866 personnes ont été classées. Une personne s’est blessée sur le « dix ». Une mauvaise chute qui lui a valu un rapatriement à la base médicale en hélicoptère et un bras en écharpe. Reste la bobologie classique telle que les écorchures, prises en charge par les 50 bénévoles déployés par Aventure pulsion auxquels s’ajoutent les 50 d’Enercal qui participent au bon déroulement de la Gigawatt.

Marion Pignot

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