Ils sont vraiment ultra (LNC du 14/09/2009)

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LNC du 14/09/2009 : Ils sont vraiment ultra

La Française Karine Herry et le Népalais Dawa Dachhiri Sherpa, stars annoncées du tout nouvel ultra-trail calédonien, ont impressionné leur monde ce week-end, l’une en terminant deuxième du scratch loin devant ses concurrentes, l’autre en remportant l’épreuve avec… près de trois heures d’avance.

5 heures 15, samedi matin. Avec un quart d’heure de retard, le départ est finalement donné. « Nous nous sommes accordé le temps de la réflexion avant d’autoriser la course, compte tenu des intempéries qui ont sévi toute la nuit », expliquait Sandra Parent, organisatrice. Le bon choix sera pris, la pluie s’arrêtant de tomber quelques minutes après le départ, et un briefing d’avant-course informant les coureurs de la montée des eaux étant effectué.
Le jour n’est pas encore levé – et sera retombé quant le premier franchira la ligne, quelque treize heures et trente-six minutes plus tard -. C’est donc un essaim de lampes frontales qui éclaire le site de départ, à quelques encablures du barrage de Dumbéa, là où un peloton d’environ 130 trailers s’engouffrera sur le GR1 de Nouvelle-Calédonie pour ne le quitter qu’à l’arrivée, 107 kilomètres plus loin. 107… voire plus. Le vainqueur, Dawa Dachhiri Sherpa, confiait au terme de son périple que « la longueur, sans doute supérieure à celle annoncée, a été ce qu’il y avait de plus dur à gérer. Ça, et la solitude ! »
Le Népalais est pourtant arrivé sur le site d’arrivée, à Prony, avec une fraîcheur insolente, au terme d’une course en solitaire de près de cent kilomètres. Fair-play, il repartait même, quelques heures plus tard, accueillir Widdy Grego et Paolo Biondo sur le parcours…

« Il m’a réellement donné un cours de trail »

Il est vrai que ces champions extraterritoriaux n’ont pas l’habitude de ces courses à l’affluence relativement intimiste : « Habituellement, nous partons à deux mille et sommes encore trois ou quatre ensemble sur les dix derniers kilomètres (physionomie à laquelle le Grand Raid a d’ailleurs envie de ressembler dans le futur, NDLR) », raconte le vainqueur. Peut-être est-ce d’ailleurs cet isolement qui a tant fait souffrir Karine Herry ?
La meilleure Française n’a définitivement pas fait dans la figuration, samedi. La victoire féminine acquise dès les premières foulées, l’Auvergnate s’est ensuite attachée à rafler une place honorable au classement scratch. Elle fera plus que cela. Délaissant Widdy Grego et Eric Gilquin à Netcha, vingt-cinq kilomètres avant la ligne d’arrivée, Herry, littéralement éreintée, obtiendra une énorme deuxième place, devant même la première équipe de relais, l’autre formule de course proposée (les militaires Julien Chevance et Rui Demelo, qui devaient respectivement courir 67 puis 40 kilomètres, s’y sont imposés).
Derrière elle, Éric Gilquin, premier Calédonien, suivi, une demi-heure plus tard, de Paolo Biondo, arrivant main dans la main avec un autre invité, le Guadeloupéen Widdy Grego, dont l’esprit sportif a fait l’unanimité parmi ceux qui l’ont côtoyé sur le parcours. « Il m’a réellement donné un cours de trail, racontait notamment Éric Gilquin. Sur l’ascension de la mine Soleil, il me disait quand m’alimenter et avec quoi. Ses conseils se sont avérés bons. »
Le parrain de ce premier Grand Raid de Nouvelle-Calédonie, Karim Mosta, arrivera plus tard, après s’être investi, lui, en amont de la course.
Les ténors ont donc tous su, chacun à leur façon, rendre la pareille à un événement qui les a invités sur le Caillou. On espère désormais plus de pointures pour les éditions à venir, le Grand Raid nourrissant l’ambition d’évoluer sur le même plan que les trails organisés en Métropole.

Le top 50

1. Dachhiri Sherpa Dawa 13h36’09, 2. Herry Karine (première féminine) 16h26’44, 3. Gilquin Éric (premier Calédonien) 16h50’06, 4. Grego Widdy et Biondo Paolo 17h19’50, 6. Potrat Jean-Hugues et Jussiaume Michaël 17h56’44, 8. Sutter Lionel 18h19’18, 9. Fouques Pascale et Radondy Yvonne 18h30’49,
11. Grasser Gilles 18h50’50, 12. Guillaume Pascal-Jean 19h13’22, 13. Baumann Francine (première Calédonienne) 19h27’34, 14. Marchand Romain 19h42’17, 15. Dréau Guillaume et Delande Stéphane 19h51’14, 17. Canaud Jérôme 20h00’33, 18. Chabal Jean-Philippe 20h14’23, 19. Humeau-Cochou Laurence et Cochou Pierre 20h23’22,
21. Mardjoeki René 20h33’34, 22. Beldjilali David 21h07’33, 23. Cormary Christophe 21h21’27, 24. Dutault-Keravec Carole 21h26’46, 25. Néau Eric 21h31’36, 26. David Guillaume 21h44’22, 27. Komornicki Christian 21h54’00, 28. Phibel Djemix 21h54’39, 29. Vartane Christina 22h20’26, 30. Mosta Karim 22h25’21,
31. Utard Stéphane 22h29’15, 32. Adam Christophe 22h32’20, 33. Caupin Vincent 22h34’25, 34. Aymard Philippe et Vibert Patrice 22h53’37, 36. Bedas André 22h59’54, 37. Guesdon Patrick 23h49’37, 38. Boudot Pierre 23h50’52, 39. Fauquenot Chantal et Beldjilali Stéphanie 24h11’17,
41. Meunier Jean-Michel 24h29’06, 42. Chapusot Stéphane 24h30’08, 43. Leeman Hervé 24h57’34, 44. André Didier 25h21’57, 45. Duvent Christian 25h40’02, 46. Saphores Régine et David Ingrid 25h52’36, 48. Miorin Robert 25h53’41, 49. Boyer Mathieu et Valmont Didier 26h03’14.

Le top 10 en équipes

1. Chevance Julien / Demelo Rui 16h37’46, 2. Gaudin Karim / Prone Patrice 17h08’57, 3. Revonge Thierry / Fontaine Juliene (première équipe mixte) 17h52’35, 4. Guesdon Nicolas / Fabre Didier 18h24’21, 5. Cailleau Marie-Aline / Renaud Serge (deuxième équipe mixte) 18h24’54, 6. Bonnevie Thibaut / Barre Sylvain 18h48’25, 7. Sirveaux Jean-Luc / Inamo Xavier 21h26’47, 8. Bompard C. / Bonnafous David 21h26’49, 9. Bressand Sébastien / Bagouin Bertrand 21h26’50, 10. Degreslan Frédéric / Quintin Michel 23h17’34.

Bientôt sous le joug fédéral ?

En métropole, la FFA, Fédération Française d’Athlétisme, a reçu, depuis un an, délégation de la gestion des courses hors stade par le ministère de la Santé et des Sports. Les trails font donc désormais partie du giron athlétique, ce qui leur confère plusieurs obligations. Rien de tout cela, aujourd’hui, sur le sol calédonien. Un retard qui n’est pas du goût de l’association Réflexion, organisatrice du GRNC, Grand Raid de Nouvelle-Calédonie.

Un cahier des charges à respecter

Celle-ci souhaite donc voir sa course être intégrée dans le champ des compétences de la ligue territoriale d’athlétisme (qui dépend, bien sûr, de la FFA). Jean Berthet, président de la commission hors stade à la ligue, et par ailleurs heureux entraîneur d’Éric Gilquin, était ainsi sur place, ce week-end, pour observer la qualité d’organisation de la course et ainsi émettre son jugement auprès de la FFA, qui statuera sur la question suivante : le GRNC peut-il accéder au label fédéral ?
Ce label ne peut être obtenu qu’à partir de la seconde édition d’une manifestation, moyennant un respect total du cahier des charges FFA en termes de sécurité, d’accueil, de logistique, etc. Un travail contraignant que, en amont, l’association Réflexion est d’ores et déjà certaine d’avoir accompli. Reste à voir si celle-ci s’est montrée à la hauteur des attentes in situ. Réponse dans quelques mois avec, à la clé, l’intégration du GRNC au calendrier national – un gage de séduction des trailers métropolitains – et une image de course propre. Et oui, des contrôles antidopage seront, de fait, envisageables sur l’ultra-trail…

En bref

Voyage, voyage
Le périple ne s’arrête pas là pour Éric Gilquin et Francine Baumann. Les premiers locaux se sont vu remettre sur le podium un billet d’avion pour participer à La Diagonale des Fous 2010 : cet ultra réunionnais de 145 kilomètres et 9 000 mètres D+ réputé mondialement.

Retour gagnant…
Yvonne Radondy et Pascale Fouques, bien connues des trailers locaux jusqu’au début des années 2000, sont revenues sur le Caillou pour fêter leur cinquantième anniversaire en participant au Grand Raid. Les deux amies ont franchi conjointement la ligne d’arrivée, obtenant la deuxième place féminine derrière l’intouchable Karine Herry mais devant Francine Baumann, première locale.

… Tiers perdant
Un tiers des concurrents, soit une quarantaine de personnes, n’ont pu tenir jusqu’à Prony. Des douleurs tantôt physiques, tantôt morales, les ont contraints à abandonner. Certains postulants au Dream Raid ont, eux, volontairement stoppé l’aventure, afin de ne pas « se mettre dans le rouge » à quelques semaines de la manifestation.

Pépins divers
Stéphanie Beldjilali s’est ouvert l’arcade sourcilière avant même la mi-parcours mais a réussi l’exploit de continuer sa route jusqu’au bout, terminant à la 39e place. Yohan Samanich a résisté deux heures durant à une tendinite au genou avant de céder à Bois du Sud, en deuxième position. Une place qui était auparavant détenue par Frédéric Letocart. Celui-ci s’est longuement égaré hors des sentiers du GR1. Le surplus d’effort a eu raison du trailer calédonien. Sébastien Daydou, lui, a longuement résisté à son envie d’abandonner : « le moral ne tient plus », confiait-il, avant d’écouter pendant plus d’une heure les encouragements successifs de concurrents et de bénévoles. Le Métropolitain a fini par repartir, pour hélas céder à Netcha.

Bénévoles
Leur tâche est souvent ingrate, et elle l’était particulièrement ce week-end. Environ soixante-dix bénévoles ont sacrifié leur temps libre pour assurer le bon fonctionnement de la course, de jour comme de nuit, restant, par exemple, des heures entières dans le noir le plus complet pour surveiller les traversées de route des concurrents. Chapeau.

Bravo à elle aussi
Ivana Boussetière a franchi hier à midi 15 la ligne d’arrivée de l’ultra-trail, bien avant l’horaire fatidique imposé par le règlement, qui fixait à 16 heures le délai ultime d’arrivée. Elle est la soixante-douzième et dernière concurrente à avoir réussi le challenge.

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