LNC du 20/04/2016 : Il a survécu à la course la plus dure du monde

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Dimanche, Dominique Ecoiffier participait au raid de Dogny. Au début du mois, il affrontait la terrible Barkley aux Etats-Unis où il a tenu un tour. Une expérience inoubliable.

Frozen Head (USA), le 2 avril 2016. C’est le moment fort, celui où Lazarus allume sa cigarette, signe du départ.

Frozen Head (USA), le 2 avril 2016. C’est le moment fort,
celui où Lazarus allume sa cigarette, signe du départ.

Samedi deux avril dans la forêt de Frozen Head. Les montres affichent 21 h 30, heure locale, et les thermomètres approchent le zéro degré. Le moment où retentit le cor de chasse pour un hommage. Lazarus, l’organisateur déjanté a retiré son chapeau et se recueille. C’est la mort de la course de Dominique Ecoiffier qui est célébrée. Le rituel après chaque abandon. Mais dans la pénombre forestière, on peut apercevoir le sourire du Calédonien. « C’est un moment extraordinaire, se souvient-il. J’ai abandonné à la fin du premier tour parce que c’était trop dur, mais également pour éviter de gâcher mes souvenirs avec un abandon après quelques kilomètres sur le deuxième tour. Je me sentais euphorique et je pense que je ne pouvais pas prendre plus de plaisir que ça. Donc je n’ai aucun regret. »

 

Des souvenirs plein la tête

Aujourd’hui, le coureur est revenu à Nouméa. Il a repris une vie normale et s’est même déjà relancé dans les courses locales avec notamment le Raid de Dogny couru dimanche dernier (deuxième chez les vérérans). Le physique n’est pas atteint, « je suis dans une des meilleures formes de ma vie », mais la tête est pleine à craquer d’images inoubliables. Tête qui semble encore aux Etats-Unis parfois. Comme lorsqu’il évoque les photos et les bracelets de ses enfants qu’il avait avec lui. « Je ne suis pas spécialement superstitieux, commente, très ému, Dominique Ecoiffier. Mais je me suis dit que c’était important de les avoir. » Au total, il aura crapahuté près de 11 heures entre les troncs sans feuille d’une fin d’hiver dans le Tennessee. « Je savais que la course serait compliquée, mais là, c’était au-delà de mes espérances, s’émerveille celui qui a dans son C.V. une participation au Tor des Géants dans les Alpes et au Grand Raid des Pyrénées. Le terrain était propre, mais les dénivelés étaient impressionnants. »

Une fois lancé, il a dû se mettre en quête de treize livres, dont il a dû à chaque fois arracher une page pour prouver son passage. « J’ai pris la décision de suivre Jared Campbell [qui est le seul cette année à avoir terminé l’épreuve, NDLR], explique Ecoiffier. Lui avait déjà participé et terminé la Barkley plusieurs fois. Alors il connaissait les coins par cœur. »

 

Syndrome du Père Noël

Mais cela n’aura pas duré. Au bout de quatre livres soit une dizaine de kilomètres, le Nouméen est lâché par le petit groupe mené par Campbell. Le syndrome du père Noël lui explique son coach sur place. « Il m’a simplement dit que j’ai pensé pouvoir rivaliser, mais que c’était impossible, sourit à présent le coureur. C’est un peu comme si j’avais voulu croire au père Noël. » A la Barkley, il a également connu des moments de solitude. Au moment où il se fait lâcher. « J’ai attendu une demi-heure, à chercher le livre sans succès jusqu’à ce qu’un autre groupe arrive. » Il est mené par un autre habitué de la course qui trouve le bouquin tout de suite. « Depuis mon retour, j’ai beaucoup réfléchi et je pense qu’il est impossible pour un nouveau de finir dès la première participation. Ce n’est jamais arrivé. » Alors pourquoi pas y retourner et prendre sa revanche ? « Peut-être dans quelques années… »

Mathieu Ruiz Barraud / mathieu.ruizbarraud@lnc.nc

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