Patrick Vernay lance sa saison (LNC du 26/03/2010)

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LNC du 26/03/2010 : Patrick Vernay lance sa saison

En octobre prochain, Patrick Vernay s’envolera pour Hawaii disputer les championnats du monde Ironman. Chaque mois, nous prenons des nouvelles du Calédonien et meilleur spécialiste français de la distance, selon un thème particulier de sa préparation. Troisième épisode : sa vie en déplacement.

 

Sa saison 2010 débute dimanche. Mercredi dernier, Patrick Vernay a fait cap vers Port Macquarie (Australie, Nouvelle-Galles du Sud), siège d’un Ironman que le Calédonien a déjà remporté à trois reprises. Pour fêter ça, c’est en famille que les Vernay ont fait le déplacement. Sa femme et ses deux enfants l’encourageront au bord du parcours, espérant voir leur champion briller une nouvelle fois. Car la victoire reste l’objectif du triathlète, qui accuse pourtant une préparation fortement tronquée, ce mois-ci, en raison d’une cheville souffrante qui l’a éloigné des routes depuis trois semaines (lire ci-contre). « J’ai fait ce qu’il fallait pour tenter de faire disparaître la blessure au plus vite… Sans certitude, j’ambitionne toutefois de faire quelque chose là-bas », confie-t-il.
C’est donc paradoxalement sur son point fort, le marathon, que Vernay nourrira le plus de doutes. « Ce que je n’ai pas fait à pied, je l’ai fait à vélo, ces derniers temps, explique le numéro six mondial 2008. C’est ainsi que j’ai réalisé des semaines à plus de 600 kilomètres sur deux-roues… »
 

C’est toujours positif d’épingler Olivier Marceau.

Diminué, certes, mais bien présent… Contrairement à deux de ses principaux rivaux australiens, Pete Jacobs et Mitch Anderson, inscrits mais forfaits. C’est finalement un autre Français qui pourrait bien inquiéter Vernay… « C’est toujours positif d’épingler Olivier Marceau », lance celui qui défendra une nouvelle fois son statut de numéro un national de la discipline.
Mais Vernay comptera une kyrielle d’autres menaces : l’Écossais Scott Neyedly, les Australiens Adam Holborrow et Leon Griffin, etc. Autant de noms dont le Calédonien se méfiera au plus haut point, dimanche matin.
La course sera le point d’orgue d’une semaine qui, comme toutes celles de ses déplacements compétitifs, sera très chargée (lire ci-dessous), mais qui en précédera une autre bien plus tranquille : « les quatre jours qui suivent un Ironman, on ne fait, généralement, rien, explique-t-il. Il faut bien entendu du temps pour récupérer d’un effort aussi long et aussi intense. À mon retour sur Nouméa, j’espère – encore une fois, si ma cheville a tenu le coup – pouvoir reprendre ma préparation physique, avec pour prochaine échéance le triathlon international de Nouméa, début mai. Ça me tient toujours à cœur de tenter de m’illustrer à domicile… »
 

Alban Colombel

 

Entre confort et contraintes

A ses débuts, Patrick Vernay était comme tout athlète lambda participant à une compétition : système D sur toute la ligne, des inscriptions à l’hébergement, en passant par le transport du matériel de course. Mais le succès a changé la donne. Désormais, le Calédonien jouit d’une notoriété de devant de scène. Les organisateurs font des pieds et des mains pour s’attacher la présence de cette tête d’affiche, moyennant tout de même quelques contreparties…

Le triathlon n’est pas le football. Inenvisageable, pour un triathlète de la trempe de Patrick Vernay, d’imposer aux organisateurs un cachet garantissant sa participation sur un Ironman. Il n’empêche que le Calédonien se sent « traité comme un roi » quand il se déplace en Australie, à Busselton ou Port Macquarie.
« Là-bas, je suis connu, témoigne l’intéressé. Mes différentes victoires m’ont permis d’accéder depuis quelques années à un statut d’invité sur les courses, un statut fait d’avantages et d’inconvénients. Au début, je trouvais ces derniers contraignants. Et puis je m’y suis habitué ; j’arrive à caler ma préparation dans le planning très serré qui m’est imposé. »
Le planning en question se compose de diverses représentations. Vernay est devenu une marque qui attire spectateurs et annonceurs, une marque qui contribue à faire vivre l’événement. Les organisateurs l’ont bien compris : conférences de presses et interviews, présentations de l’athlète au public et aux sponsors, présentation également aux milliers de participants lors du briefing de course et la pasta party, et enfin shows télévisés.

540 000 francs au vainqueur

Et Vernay doit s’y soustraire s’il veut honorer un contrat qui, en contrepartie, lui apporte gratuitement tout le confort dont il a besoin sur place. « À Port Macquarie, je bénéficie de cinq nuits d’hôtel avec cuisine privée, de la prise en charge des frais d’inscription et de la mise à disposition d’une voiture depuis Sydney, énumère le champion. À cela peut s’ajouter le remboursement de mes frais de vol, si toutefois je termine la course… »
Il n’en reste pas moins que si Vernay peut ne pas avoir à débourser le moindre franc en Australie, il demeure aujourd’hui un professionnel de la discipline, qui se doit d’enregistrer une balance positive à chaque compétition pour pouvoir vivre de sa passion. Et pour se faire, hormis ses contrats de sponsoring à l’année, le triathlète a une obligation de résultat. Seule la performance lui permet en effet de percevoir une certaine rétribution. Dimanche, le vainqueur empochera une enveloppe de 6 000 US $ (540 000 francs). En ce sens, la cité australienne a jusqu’ici plutôt bien réussi à Patrick Vernay, triple tenant du titre.

 


 

« Il faut que ça passe… »

Coup dur, ce mois-ci. Je me suis retrouvé à devoir gérer une blessure pour la première fois de ma carrière… Des pépins physiques, on en connaît tout au long d’une année ; on ralentit l’entraînement, on fait des soins, etc. Mais depuis trois semaines, il m’est devenu quasiment impossible de courir. Une douleur à la cheville est apparue quelques jours avant le trophée triathlète, une course de la ligue calédonienne à laquelle je participais, le premier week-end de mars.
Cette compétition était alors l’occasion pour moi de tester ma cheville, de me rassurer sur la situation ou au contraire de devoir m’adapter à une contrainte nouvelle pour moi. Si j’ai pu finir la course, j’ai dû en revanche totalement modifier mes plans d’entraînement jusqu’à mon départ pour Port-Macquarie, mercredi. En effet, je n’ai pu courir qu’une fois douze minutes et une autre fois trente – on est loin, bien loin d’une préparation à un marathon ! – avant de décider, avec le médecin du centre médico-sportif, de procéder à une infiltration thérapeutique au-dessus du tendon d’Achille en fin de semaine dernière.
Depuis, si le soin m’engourdit quelque peu la région atteinte, je ne ressens en revanche quasiment plus la douleur. C’est donc soulagé, mais stressé que j’ai pu m’envoler pour l’Australie. Dimanche, j’appréhenderai terriblement le marathon. Pas pour la compétition en elle-même – je suis déjà qualifié pour le championnat du monde -, mais pour le devenir de ma préparation… voire de ma cheville !
Concentrons-nous donc plutôt sur le positif : ces journées sans courir m’ont débloqué du temps pour travailler les autres disciplines. J’ai nagé et pédalé plus que d’usage, et ai ainsi pu maintenir un volume d’entraînement avoisinant les trente heures hebdomadaires. Désormais, il faut simplement que ça passe…

 

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