Patrick Vernay se prépare pour Hawaii (LNC du 28/01/2010)

0
231

LNC du 28/01/2010 : Patrick Vernay se prépare pour Hawaii

En octobre prochain, Patrick Vernay s’envolera pour Hawaii disputer les championnats du monde Ironman. Chaque mois, nous prendrons des nouvelles du Calédonien et meilleur spécialiste français de la distance, selon un thème particulier de sa préparation. Premier épisode : son choix de passer professionnel.

C’est l’année ou jamais pour Patrick Vernay. L’année où le Calédonien de 36 ans a atteint l’âge de maturité dans sa discipline, l’année où celui-ci a choisi de mettre toutes les chances de son côté en passant professionnel, afin d’atteindre des cimes qui lui tendent les bras depuis maintenant quatre ans.
C’est donc également au cours de cette année que Les Nouvelles calédoniennes suivront au plus près la préparation du meilleur athlète calédonien résident du Caillou.
Le 9 octobre prochain, Patrick Vernay sera au départ du championnat du monde Ironman, à Hawaii. Sixième il y a deux ans, il ne rêve depuis que d’une chose : le podium. Son abandon sur l’édition 2009 lui a fait réaliser combien il lui fallait rassembler tous les atouts pour atteindre son objectif. « Parce que mes adversaires le font, et que je ne peux rivaliser avec eux dans un cadre plus contraignant. »
Exit donc son autogestion de la communication et de la recherche de sponsors. Vernay fait désormais confiance au travail de Guy Hemmerlin (lire ci-dessous), qui officiera à ses côtés en qualité d’agent. Exit également sa fonction d’enseignant d’EPS à mi-temps. Le voici triathlète professionnel à plein temps. Seule une activité de coaching sportif par Internet trahit sa détermination sans faille pour révéler un souci de reconversion bien légitime.
 

L’éloignement de Nouméa ne m’est en rien néfaste, car j’y trouve mon équilibre

« Ça m’aide aussi à boucler mon budget », confie celui qui a déjà signé deux nouveaux contrats de sponsoring majeurs ces dernières semaines : Les Casinos de Nouméa deviennent ainsi son partenaire principal, et l’équipementier canadien Cervelo lui fournira un vélo des plus compétitifs pour l’aider à opposer une plus farouche résistance à ses rivaux dans l’épreuve sur deux roues, incontestablement son point faible. Un point faible qu’il travaille d’ailleurs quotidiennement sur les routes nouméennes. Nouméa, justement, le seul paramètre qui distingue toujours Vernay de ses concurrents. « En Europe ou en Amérique du Nord, il est plus facile pour eux d’avoir accès à des compétitions ou des stages, mais je ne considère en rien l’éloignement de ma ville comme un paramètre néfaste à ma carrière. Car c’est ici que je trouve mon équilibre, aux côtés de ma famille, et j’ai indéniablement besoin de tout ça. »
Beaucoup de changements dans la carrière de Patrick Vernay, et certainement l’envie de vite savoir si ses choix s’avèrent payants. Premier test le 28 mars à Port-Macquarie (Australie). Un Ironman où le Calédonien est tout simplement triple tenant du titre…
 

Alban Colombel

 

Patrick Vernay en bref

36 ans, né le 24 octobre 1973 à Nouméa
Marié, deux enfants
Lieu de résidence : Nouméa
Club : Beauvais Triathlon
Début en Ironman : en 2001 à Fredericia, Danemark (12e en 8 h 44’23)
Palmarès : 8 victoires, à Seogwipo (Corée du Sud) en 2004 et 2005, à Port-Macquarie (Australie) en 2007, 2008, 2009, à Roth (Allemagne) en 2008, à Busselton (Australie) en 2007 et 2009.
à Hawaii (championnat du monde) : 15e en 2004, 12e en 2005, 10e en 2006 et 2007, 6e en 2008.
Record : 8 h 03’46 à Roth (Allemagne) en 2009.
à Hawaii : 8 h 28’13 en 2006.
Équipement : Vélo Cervelo, modèle P4.

 

 

Le billet de Patrick Vernay

« 2010 est une année nouvelle pour moi. J’ai en effet décidé de mettre toutes les chances de mon côté pour ramener du championnat du monde Ironman un résultat à la hauteur de mes ambitions. J’ai toujours dû m’entraîner et disputer des courses de haut niveau tout en travaillant à mi-temps. J’ai réussi, malgré tout, à être chaque année plus performant, mais il m’est incontestablement de plus en plus difficile de récupérer de mes efforts, et donc de me confronter aux professionnels de la discipline qui s’y adonnent, eux, à 100 %.
Je suis certain d’avoir les capacités de monter sur le podium à Hawaii et me dois de me présenter sur la ligne de départ à égalité avec mes adversaires. J’ai prouvé que je pouvais remporter régulièrement des Ironman en m’entraînant 30 à 35 heures par semaine et en me consacrant à mon activité professionnelle durant une douzaine d’heures, mais cette organisation est trop contraignante pourque je puisse m’illustrer à Hawaii. Aucun des athlètes m’ayant devancé là-bas n’exerçait une activité professionnelle en parallèle. Je vais donc désormais me consacrer à plein temps à mon objectif : y créer l’exploit.
Grâce à la fidélité de mes sponsors, je suis parvenu à me rapprocher du budget dont j’avais besoin pour interrompre mon activité professionnelle et mener à bien ce projet.
J’ai enfin la possibilité de lutter à armes égales avec mes adversaires, et espère bien ramener à la Nouvelle-Calédonie et à la France une performance de très haut niveau. Cela dit, il me faut avoir conscience que je peux échouer dans ma quête. Mais au moins, je n’aurai pas le regret plus tard de penser que j’aurais pu être meilleur si je m’étais consacré à plein temps au triathlon durant au moins une ou deux saisons…
Alors oui, c’est un pari osé, mais à mes yeux, il en vaut plus que la peine. »

 


 

« L’équivalent d’une médaille olympique »

Questions… à Guy Hemmerlin, agent de Patrick Vernay.
 

  • Les Nouvelles calédoniennes : Patrick Vernay et vous-même avez décidé de vous associer, cette année. Quelle sera la nature de cette relation ?

Guy Hemmerlin : Patrick, qui se connaît parfaitement, continuera de gérer seul sa préparation. Moi et mon équipe gérerons ses relations avec les partenaires et les organisateurs. Le but est de lui permettre de se focaliser sur sa préparation sans perdre de temps avec les aspects périphériques d’une carrière sportive. Je tenterai également de soutenir Patrick en lui donnant mon avis sur sa préparation et ses choix de courses. Car un calendrier doit toujours tenir compte des forces et faiblesses de l’athlète. Mais Patrick restera toujours le décideur.
 

  • Les objectifs de cette collaboration ?

Patrick est tout simplement le meilleur triathlète français. Il possède le plus beau palmarès tricolore. Depuis quatre ans il est très performant sur la plus grande course au monde, l’Ironman d’Hawaii. Légitimement, il a avoué y viser un top 5 voire devenir le premier français à monter sur le podium. Une telle performance constitue un challenge équivalent à une médaille olympique. Quand j’ai su que Patrick souhaitait tout mettre en œuvre pour réussir, je lui ai proposé mes services. En 2007, j’ai vécu ce qui reste pour moi le plus beau moment de ma carrière de coach : la victoire à Hawaii de Chris McCormack, avec qui je collabore depuis 2004. Je pense qu’un podium français constituerait un autre grand moment.
 

  • En tant qu’agent, que représente la « marque » Patrick Vernay ?

Patrick est plus qu’un athlète. C’est un homme qui possède de réelles valeurs, il est travailleur et courageux et surtout possède une grande humilité. C’est un exemple pour beaucoup. Sportivement il court avec une grande intelligence, sait relativement bien décrypter une course et est quasiment toujours présent au rendez-vous. Pour un partenaire c’est s’assurer de « miser » sur une valeur sûre. Pour la Nouvelle-Calédonie, il est un porte-drapeau exceptionnel.
 

  • Qu’est-ce que Patrick Vernay doit travailler pour s’illustrer à Hawaii ?

Patrick a une faiblesse qui est aussi un avantage pour lui : vivre et se préparer à Nouméa. Il s’est donné cette année les moyens de réussir sans se mettre la pression. Désormais, il se doit de courir contre les meilleurs partout dans le monde. Il se mettra parfois en difficulté et connaîtra peut-être quelques désillusions. Car il a encore beaucoup à apprendre. Il faut qu’il sache comment battre les meilleurs, décrypter leurs faiblesses et leurs points forts et savoir en jouer. Je pense qu’un ou deux stages de préparation avec Chris McCormack ou d’autres athlètes de ce niveau lui seraient également profitables, en termes de préparation sportive et psychologique.

 

Laisser un commentaire