Martin Kern remporte une course folle

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TRAIL. Ce Marseillais de 30 ans, expatrié en Nouvelle-Zélande, a avalé les 112 kilomètres et 4 350 mètres de dénivelé positif du 2e Ultra trail de Nouvelle-Calédonie (UTNC) en 12 heures 50 minutes et 19 secondes !

Avez-vous bien dormi dans la nuit de vendredi à samedi ? Eux n’ont pas fermé l’oeil ! Il ne fallait mieux pas… Guidés par des lampes frontales, ils ont couru jusqu’à l’aube, et bien plus encore, les moins rapides étant arrivés seulement dimanche matin, après 29 heures de course… et de marche ! Partis vendredi à 21 heures de Tontouta, les 134 concurrents, dont 25 femmes, ne sont pas restés longtemps groupés. C’est parti fort ! Assez vite, deux fusées ont décollé : leurs poursuivants ne les reverront que le lendemain… Martin Kern, 30 ans, et Ludovic Lanceleur, six ans de plus, ont atteint le 20e kilomètre en un peu plus de deux heures, puis le 37e en un peu moins de quatre heures.

C’ était Tobogoland

Martin, passionné de montagne, dont c’était la quatrième course de l’année, a définitivement distancé « Ludo » vers le 72e kilomètre. Il en restait alors 40 jusqu’à l’Arène du Sud, à Païta. Vainqueur en 12 heures 50 minutes et 19 secondes, soit une claque de près de deux heures et demie mise au temps du gagnant de l’an dernier, Martin Kern est arrivé sans triomphalisme, samedi en milieu de matinée. Fatigué, le gros du pied droit usé mais l’esprit clair, serein. « C’était vraiment une très bonne course, tous les paramètres sur lesquels je m’entraîne, vingt-cinq heures par semaine, ont été de mon côté : la forme, la nuit, la température, l’alimentation… Par contre, le terrain est très spécifique, limite dangereux avec la pluie, il y a beaucoup d’endroits glissants, notamment une longue descente où c’était un peu Tobogoland ! » En 112 kilomètres, Martin n’aura pas changé de maillot ou de short, juste « une fois de chaussettes ».

Pieds mouillés

Son plus sérieux rival, Ludovic Lanceleur, deuxième à 34 minutes derrière, a, lui, « changé trois fois de chaussures », mouillées après les nombreux passages de rivière et inconfortables car neuves. « J’ai mal partout ! Martin m’a mené la vie dure, à un moment j’ai un peu regretté de l’avoir suivi, mais ça m’a mis dans le bon tempo, raconte Ludovic, embêté par des maux de ventre. Ce qui a été très difficile, c’est la nuit : courir pendant plus de neuf heures avec un faisceau lumineux où tu vois à seulement 3 ou 4 mètres devant toi, c’est compliqué. Je n’étais pas bien ! La lampe frontale, ça te met dans une bulle. Et puis, ça aplatit tout, on ne voit pas les pierres… » Alexandre Somma, 29 ans, a fini troisième en 15 heures 9 minutes et 29 secondes. Vingt minutes derrière, on trouve Yoann Mornet et Franck Santos, deuxième l’an passé mais seulement cinquième samedi. « Plusieurs fois, j’ai pensé à abandonner, souffle-t-il. Dès les premiers kilomètres, j’ai eu un problème de lampe… Au PC, on m’en a prêté une, mais elle n’était pas bien ajustée à ma tête… » Ou comment ajouter de la difficulté à une course qui n’en manque pas…

Repères

Angélique Plaire gagne une heure
L’an passé, elle avait fini 8e du classement général et 1re féminine en 17 h 03’05. La traileuse de 28 ans a fait encore plus fort cette fois : 6e du scratch en 15 h 48’22 et évidemment fille la plus rapide. « C’était mouillé et glissant », souriait “Angie” à l’arrivée, conviant immédiatement des enfants pour une photo souvenir. « Merci à Yoann (Mornet) et Franck (Santos), ils ont fait une grande partie de la course avec moi. On s’est soutenus. Ils ont dû voir un nombre incalculable de chutes », poursuivait-elle, « égratignée mais pas blessée ». Marie-Cécile Cavell, 39 ans, a pris une belle 9e place en 16 h 50’40, l’Australienne Katy Anderson, 41 ans, terminant 25e en 18 h 31’22.

Le favori n’a pas vu le jour 
Parti avec la faveur des pronostics, le Lyonnais Yoann Stuck, 35 ans, dans le top 10 français de l’ultra trail, a abandonné dans la nuit de vendredi à samedi, épuisé. Arrivé cinq jours avant la course, « il n’a jamais réussi à retrouver la forme, le rythme ». En cause : « voyage, chaleur, décalage horaire », note Daniel Bonnefis, organisateur en chef, devenu insomniaque. « Il était très triste et vraiment pas bien : c’est quelqu’un qui, d’habitude, n’abandonne jamais ! » Comme lui, ils sont 34 à avoir définitivement mis le clignotant avant l’arrivée.

8,72 km/h de moyenne
C’est le rythme tenu pendant 112 kilomètres par Martin Kern pour remporter la 2e édition de l’UTNC. L’an passé, Christophe Loubriat avait gagné avec une allure moyenne de 7,37 km/h.

« La deuxième nuit, j’ai eu des hallucinations… »

Anne Gratier de Saint-Louis et Edouard Denamiel sont en couple. Cela leur a été utile pour venir à bout des 112 kilomètres. « C’est long, alors on a beaucoup discuté », raconte Edouard, 77e en 25 h 06’38 l’an passé (Anne était 100e en 28 h 16’48) et 95e cette fois, dans le même temps (29 h 08’53) que sa compagne. « C’est grâce à elle que j’ai été au bout : elle m’a dit, “ on va jusqu’à l’arrivée ’’ ! » Avant, j’ai plusieurs fois voulu abandonner », confie le concurrent de 40 ans, arrivé avec « des douleurs au dos et à un genou ». « Assez vite, je me suis retrouvé seul. Au PC du 59e kilomètre j’ai attendu ma femme, on a fini ensemble… » Une aventure « plus difficile que l’année dernière », avec un départ de nuit vendredi, des kilomètres avalés pendant la journée de samedi, et un final au milieu d’une seconde nuit… Les amoureux ont « marché 80 % du temps » et atteint l’Arène du Sud dimanche matin, à 2 h 08. « On est rentrés à la maison à 3 h, on a dormi toute la matinée », reprend Edouard, fatigué. « La deuxième nuit en course, j’ai eu des hallucinations… Pour chaque forme, le cerveau se mettait à imaginer des choses : je croyais voir des transats, ou des gens cachés dans la forêt… C’est la première fois que ça me fait ça ! » Pas calmé, il prévoit d’être fin août à l’UT4M, dans les Alpes : « 169 kilomètres, en 4 étapes… » Le 99e et dernier rescapé, Fabrice Muller, 55 ans, est, lui, arrivé dimanche à 2 h 44 : il a fini en 29 h 44’53. Avec une marge confortable sur le délai maximum : 32 heures

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