Pont Pérignon (LNC du 09/06/2011)

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LNC du 09/06/2011 : Un pont entre les générations

 

Le pont Pérignon est en train d’être rénové. Qu’ils soient originaires du Sud ou non, les salariés du parc de la rivière Bleue ont tenu à s’occuper eux-mêmes de cet édifice, construit par leurs aïeux voilà cinquante ans.

Depuis lundi, le parc provincial de la Rivière Bleue est fermé. Le portail ne rouvrira que demain, à la veille du long week-end de Pentecôte.
La cause de cette clôture exceptionnelle (le parc ouvre tous les jours de l’année, hormis les lundis) est la rénovation du célèbre pont Pérignon.

Traverses. Tout en bois, il permet à des milliers de visiteurs de traverser la rivière Blanche à pied ou en vélo, puis de s’aventurer dans la vallée de la rivière Bleue. Avec ses allures d’antan, il offre une cible de choix aux touristes friands de photos souvenirs.
« Nous changeons toutes les traverses [sur lesquelles on marche] », explique le directeur du parc, Joseph Manauté. Cela faisait trois ans que l’on remplaçait les plus abîmées. Mais au coup par coup. Nous ne savions jamais dans quel état global se trouvait le pont […]. Dès que nous avons eu les crédits, nous avons commandé un lot complet. »
Les 360 traverses de tamanou seront remplacées par autant d’éléments en pin, importés de Nouvelle-Zélande et rendus imputrescibles par un traitement chimique à cœur. « Les molécules ne se séparent du bois que si on le brûle, ça ne risque donc pas de polluer l’eau », poursuit le directeur. Détail appréciable pour les petits pieds : les nouvelles traverses seront plus rapprochées. Le coût global est estimé à 4,6 millions de francs, pour trente mètres cubes de bois.

 

Ce sont nos vieux qui ont travaillé là, qui l’ont construit et entretenu.

 

Affection. Chose rare, le travail n’a pas été confié à une entreprise mais est réalisé par les agents du parc eux-mêmes, ce qui explique la fermeture du site. La raison est d’abord affective, explique le chef d’équipe, Thierry Atti. « Pour nous, les gens de Yaté, c’est quand même un vestige. Ce sont nos vieux qui ont travaillé là, qui l’ont construit et entretenu. » La technique est la même : à la main, avec une tronçonneuse pour toute machine, dédiée aux ajustements.
Achevé en 1958, le pont avait été commandé par l’entreprise forestière Pérignon, pour anticiper la création du lac de Yaté (auparavant, les coupeurs de bois passaient par la digue dite « Bull », submergée à cause du barrage). A la construction, « il y avait des gens de Yaté, des gens des îles, des Européens et des Wallisiens. C’était la Calédonie […] Nous rendons hommage à leur intelligence », explique Joseph Manauté.
L’autre explication est financière : avec une entreprise, les travaux s’allongent par mauvais temps et risquent d’alourdir un budget serré, d’autant plus que l’avenir du pont est incertain (lire en repères).

Avenir. « On pensait que la province mettrait les fonds pour le reconsolider complètement », regrette Thierry Atti. Là, on met du neuf sur du vieux, c’est malheureux […] Même les poteaux en chêne gomme devraient être remplacés. » La décision appartient aux directions provinciales du patrimoine et de l’équipement, qui surveillent la solidité de la structure.
En attendant, il reste deux jours pour changer le reste des traverses. Avec une équipe de cinq à six personnes, ce n’est pas gagné d’avance. Même s’il fallait une deuxième session, le pont sera rendu praticable dès demain.

Marc Baltzer

360

Le nombre de traverses remplacées sur les 80 mètres de longueur du pont.

 

Repères

En péril ?
Dans les années à venir, la province prévoit d’installer des structures d’hébergement sur la presqu’île qui sépare les deux rivières. Pour cela, il faudra un pont capable de supporter 30 tonnes (pour les bus ou les camions). Ce ne sera pas le pont Pérignon, limité à 800 kg de charge depuis le cyclone Erica, en 2003. Deux solutions sont à l’étude à la province : relever l’ancienne digue Bull et la compléter par un pont de 20 mètres, ou alors remplacer le pont Pérignon. Du côté du parc, la préférence irait à la première solution.

Solidarité
L’équipe qui rénove le pont compte tout le personnel du parc (Francky Videault, Ernest Vama, Steve Ouetcho, Guilaine Wede…), aussi bien les agents que les cadres, ce qui « renforce la cohésion ».
En 1996, leurs prédécesseurs avaient déjà renforcé les traverses. Aujourd’hui, Benedicto Vakoumé, Yves Letocart, Simon Wamytan, Bernard Agourere, Marcel Boulet (entre autres) sont retraités. Ils avaient eux-mêmes poursuivi le travail des premiers bâtisseurs, réunis sous la houlette de Charles Chantreux, charpentier de marine, qui a aussi participé à la construction du wharf SLN de Thio. Pour le pont, il n’y a eu aucun plan, « tout a été fait de tête et ça tient encore », admire Joseph Manauté, directeur du parc.

 

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