Tour de Cote du 30/06/2011 – Ponérihouen

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En randonnée avec Anita Gopoea

Anita Gopoea accueille les touristes dans son camping situé en bord de mer, à la tribu de Néouta à Ponérihouen. Elle leur propose des randonnées pédestres et botaniques dans la vallée de Nätö.
 

Anita est ici à l’entrée de son camping, entourée de deux de ses nièces, Caroline (à gauche) et Léa Tikouré,
ainsi que de son petit-fils, Jeffrey Meindu.
Photo : Xavier Hayraud

Anita a fait partie de la première promotion du diplôme néo-calédonien d’agent de tourisme en 2007. Ayant trouvé sa voie professionnelle dans le contact humain avec les visiteurs, elle a choisi de travailler chez elle, à Ponérihouen, à travers l’Association Nâ-Pwiri-âbé – du nom d’un coquillage de bord de mer – dans un esprit d’ouverture et de partage. Le produit touristique phare proposé par Anita est une randonnée pédestre de deux à trois heures dans la vallée de Nätö. La balade débute par la traversée d’une parcelle de café plein soleil du Gapce (Groupement agricole des producteurs de la côte Est), puis par celle d’une ancienne parcelle de café sous ombrage qui appartenait à un Japonais qui s’était marié avec une femme de la vallée. On voit aussi la tombe de cet homme. La curiosité suivante est un grand banian. « Il est très vieux. Cet arbre a un aspect sacré par rapport aux défunts et à la jeune mariée », explique Anita, qui préfère ne pas s’étendre sur l’aspect des défunts, mais livre un commentaire sur la mariée : « Quand la famille va laisser la fille du côté du marié, il y a dans son panier trois plants, un cocotier, un sapin et un banian, ainsi qu’un morceau de pelouse qui sert à s’asseoir autour de la case et qu’on appelle nùrùga aotââ en paicî. Le banian est aussi un grand abri pour les oiseaux. Les roussettes viennent également y manger ses fruits. L’arbre suivant est un pandanus de forêt. On ne le prend pas pour tresser comme celui du bord de mer, mais ses fruits jaunes servent de nourriture aux anguilles. »

Une végétation variée

On découvre ensuite une fougère bien particulière  qu’on appelle « épaulette d’officier » du fait de ses franges qui pendent. On peut aussi voir des orchidées sur le tronc et sur les branches. Anita montre ensuite l’emplacement d’un tertre, ceinturé de cailloux bien disposés et dont l’entrée est délimitée par une petite rangée de cailloux. Ce sont des traces des populations qui vivaient il y a longtemps dans la vallée et qui, ensuite, se sont rapprochées de la mer.  On arrive ensuite au pied d’un bancoulier. La guide casse une noix pour montrer qu’on peut la manger. « Les danseurs traditionnels mettent ces noix au feu pour les noircir et s’en servir pour se maquiller le visage. Pour se nourrir, le corbeau sait casser la noix en la lâchant d’en haut sur un rocher, précise-t-elle. Enfin, quand le tronc pourrit, c’est là qu’on trouve les vers de bancoule, comme on les voit tous les ans à la fête de Farino. »  Plus loin, un petit sentier se faufile à travers des arbustes touffus dont on utilise les branches pour confectionner des balais. Ensuite, on découvre un faux tamanou avec ses grandes fleurs rouges en forme de pompons qui attirent les roussettes, et d’autres variétés d’orchidées et de palmiers de forêt, avant d’arriver à un grand trou d’eau habité par des carpes. Des orchidées à grandes feuilles aux grappes de fleurs mauves complètent le décor. C’est ici que s’achève la balade de deux heures. Pour les marcheurs plus aguerris, la randonnée se poursuit avec un passage devant un nouveau tertre où la trace de l’homme est marquée par un cocotier et un sapin. Une montée permet d’arriver à des pétroglyphes et on enchaîne avec un passage en forêt bordé de nouvelles variétés de palmiers et d’orchidées. Arrive une phase d’escalade de rochers sur lesquels sont gravés des formes zoomorphes de crevettes et des ronds. Et c’est enfin l’arrivée à une chute d’eau, « très jolie quand le quartz brille au soleil », qui permet de se baigner avant d’attaquer un petit casse-croûte puis le chemin du retour.

Article extrait du magazine Tour de Côte paru en juin 2011.
 

« Rester nous-mêmes et accueillir les gens avec simplicité »

Au premier abord, Anita est assez réservée et timide, mais passé cette première impression, on découvre vite une femme qui a la tête sur les épaules et qui fait le maximum pour être avec les siens « dans l’esprit d’accueillir les touristes avec authenticité ». Depuis quelques semaines, Anita est d’ailleurs devenue présidente de l’association Pwârâriwâ Tourisme (Ponérihouen Tourisme). « Notre but est de structurer et de développer le tourisme solidaire et culturel sur la commune. » Cela signifie pour elle qu’il faut « travailler de manière solidaire entre les gens de la région en partageant les prestations d’accueil (hébergement, randonnées, nourriture, sculpture, NDLR) et en accord avec les coutumiers et les clans ». Tout en demandant au touriste de s’engager à respecter les habitants en retour. L’association est d’ailleurs en train d’élaborer une charte du promeneur en ce sens. Anita a une idée très claire de l’esprit des produits touristiques à proposer. « On a remarqué qu’il y a des touristes qui viennent au camping et qui veulent rester tranquilles entre eux. Mais il y a aussi des gens qui veulent vraiment venir à notre rencontre, voir notre mode de vie, échanger avec nous. Si on veut faire des “prestations de luxe” qui ne nous correspondent pas, ça ne marche pas. Le mieux, c’est de rester nous-mêmes et d’accueillir les gens avec simplicité et authenticité en les faisant, par exemple, participer à notre quotidien comme faire le four traditionnel, le feu, préparer le bougna, aller aux champs… »

Atelier bougna

Sur le site de son camping en bord de mer, à la tribu de Néouta, Anita propose aux touristes d’apprendre à confectionner le bougna de manière traditionnelle, avant de le déguster après cuisson au four kanak. « Pour cela, je suis aidée par une de mes nièces, Flora Gopoea, précise-t-elle. On commence par ramollir les feuilles de bananier au feu puis celles de cocotier qui serviront d’attache. Puis on épluche ensemble les légumes, on râpe le coco, on prépare le poisson de rivière ou le poulet ou les crevettes de creek et on confectionne le bougna. On fait aussi le feu pour chauffer les pierres et ensuite la cuisson au four kanak dure environ une heure et demie à deux heures selon la taille et le nombre de bougnas. Après, on ouvre tous ensemble le bougna et on passe au repas. »

Pratiques

Contact : 92 77 55
Tarifs par personne :
Randonnées
2 heures : 1 500 F
Randonnées
3 heures : 2 000 F
Camping : 1 000 F (500 F pour les moins de 12 ans)

Xavier Hayraud

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